En entrant dans la grande salle de la Maison Européenne de la Photographie, on est accueilli par un silence doux, presque cotonneux.
Sur les murs, des portraits aux couleurs tendres semblent respirer.
Les visages, baignés de lumière naturelle, regardent droit dans l’objectif, comme s’ils voulaient parler.
C’est la promesse de l’exposition Wish This Was Real de Tyler Mitchell, présentée à la MEP jusqu’en janvier 2026 : un voyage entre réalité et imaginaire, où la photographie devient poésie.
Un photographe qui peint avec la lumière
Tyler Mitchell n’a pas encore trente ans, mais son nom est déjà connu dans le monde de l’art contemporain.
Formé à New York, il a d’abord attiré l’attention du public en photographiant Beyoncé pour Vogue US.
Depuis, il trace une voie singulière : celle d’un artiste photographe qui veut raconter son époque avec tendresse et fierté.
Son travail s’ancre dans la tradition des beaux-arts, du portrait classique et de la photographie humaniste, tout en puisant dans la culture du street art, du cinéma et de la mode.
Mitchell ne se contente pas de montrer ; il met en scène, il compose comme un peintre.
Chaque image a l’équilibre d’une toile contemporaine, chaque pose semble écrite au pinceau.
Il joue avec les ombres, les textures, les matières, créant une esthétique proche de la peinture moderne et des sculptures de lumière.

“Wish This Was Real” : l’intime comme langage universel
L’exposition, pensée comme une exposition temporaire majeure de la saison parisienne, s’étend sur plusieurs salles baignées de clarté.
Les œuvres photographiques s’y répondent comme des poèmes : des jeunes gens allongés dans l’herbe, des regards posés sur des horizons flous, des intérieurs baignés d’une lumière dorée.
Il y a dans tout cela quelque chose de calme, d’apaisant, une douceur rare dans la photographie contemporaine.
Mitchell s’attache à représenter une jeunesse noire libre, insouciante, à mille lieues des clichés médiatiques.
Ses images racontent une autre histoire, celle d’un quotidien lumineux, d’une génération qui rêve encore.
Le titre Wish This Was Real résonne comme un murmure : “Si seulement c’était vrai…”
Et peut-être l’est-ce déjà, à travers la force de ces photographies artistiques où la lumière devient une forme d’espérance.
Une mise en scène sensible et vivante
Le vernissage de l’exposition a réuni artistes, photographes contemporains, collectionneurs et simples curieux.
Dans les galeries de la MEP, le parcours se déroule lentement, comme une respiration.
Les tirages alternent entre formats monumentaux et photographies argentiques plus intimes.
Ici, une série de portraits sur fond bleu. Là, une vidéo où les modèles bougent à peine, comme figés dans un rêve.
Le commissaire de l’exposition a choisi de présenter les œuvres par séquences : enfance, mémoire, transmission, désir.
Ce découpage renforce la sensation d’un journal visuel, presque cinématographique, où chaque image répond à la précédente.
À mesure que l’on avance, on se rend compte que Mitchell ne photographie pas seulement des personnes, mais des états d’âme.
La composition photographique devient ici un miroir, une manière de se reconnaître dans l’autre.

L’écho des grands maîtres
Dans sa manière de capter les corps et la lumière, Mitchell évoque parfois Degas, Monet, ou même Rodin, tant la présence physique de ses modèles semble sculptée dans l’air.
Son travail s’inscrit dans la grande histoire de la photographie, celle de Doisneau, de Cartier-Bresson, de Depardon, mais aussi des photographes afro-américains qui ont réinventé le regard.
Chaque photographie exposée témoigne d’une volonté : redonner au quotidien la valeur d’un chef-d’œuvre.
Mais Mitchell ne se limite pas à un hommage.
Il réinvente le langage photographique, en intégrant des éléments de sculpture, de peinture et de performance.
Ses expositions personnelles, souvent présentées dans des galeries d’art contemporain, brouillent les frontières entre arts plastiques et image photographique.
La MEP, un écrin pour la photographie vivante
La Maison Européenne de la Photographie, fidèle à sa vocation, propose une expérience qui dépasse la simple visite.
Chaque salle d’exposition est pensée comme un espace immersif, entre musée des beaux-arts et centre d’art contemporain.
Des visites commentées permettent d’explorer le processus créatif du photographe : choix des papiers, tirages, mises en scène.
L’exposition s’inscrit dans la tradition des grandes expositions photographiques de la MEP, qui ont accueilli Annie Leibovitz, Helmut Newton ou Vivian Maier.
Elle confirme le rôle de la MEP comme lieu essentiel du patrimoine photographique français, au même titre que le Centre Pompidou ou la Fondation Cartier.
Une seconde exposition, présentée en parallèle, met en regard le travail d’Edward Weston, figure de la photographie du XXe siècle.
Ce dialogue entre deux générations souligne l’évolution du regard : du réalisme argentique de Weston à la fiction colorée de Mitchell.

Une photographie pour rêver le monde
Ce qui frappe, en sortant de l’exposition, c’est la sensation d’apaisement.
Les images de Mitchell ne dénoncent pas, elles proposent.
Elles rappellent que la photographie, au-delà du document, peut être un langage du sensible.
Ici, la beauté ne masque pas le réel : elle l’élève, elle lui donne une autre forme.
Mitchell parle d’amour, de jeunesse, de présence, de lumière.
Ses œuvres contemporaines rappellent qu’il est possible de croire encore à la douceur dans un monde fragmenté.
Ce n’est pas une exposition conceptuelle : c’est une rencontre, un instant suspendu, une expérience visuelle et émotionnelle.
Informations pratiques
📍 Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy – Paris 4ᵉ
🖼️ Tyler Mitchell – Wish This Was Real
📅 Du 16 octobre 2025 au 12 janvier 2026
🎟️ Entrée libre le premier dimanche du mois
👥 Visites guidées et ateliers jeune public
📘 Catalogue d’exposition disponible à la librairie du musée
En quittant la MEP, on garde dans l’œil la trace d’un éclat de lumière.
Les photographies de Tyler Mitchell ne cherchent pas à séduire ; elles ouvrent un espace de silence, une façon d’apprendre à regarder autrement.
Et c’est peut-être cela, la vraie promesse de Wish This Was Real : nous rappeler que la beauté existe, qu’elle est là, dans les gestes simples, dans les couleurs, dans le souffle même de la lumière.


